*Un mois après la fermeture du musée de l'Academy of Natural Sciences, le conseil municipal de Philadelphie a entendu, le lundi 26 octobre 2026, l'université Drexel, la présidente du conseil de l'Academy, des conservateurs et des défenseurs du patrimoine. L'audition n'a rien rouvert. Elle a fait apparaître deux comptes du même déficit, un ultimatum vieux d'un an, un bâtiment sans protection légale et des collections dont personne ne sait encore où elles iront. Elle reprendra le 16 novembre.*
Une audition sans le président de Drexel
L'audition s'est tenue devant la commission de contrôle législatif (Legislative Oversight Committee) du conseil municipal, présidée par l'élu Isaiah Thomas. Selon le *Philadelphia Inquirer*, elle a duré près de quatre heures. Selon le site Billy Penn, plus de 120 soutiens du musée étaient présents, et certains ont hué.
Le président de Drexel, Antonio Merlo, n'est pas venu, invoquant une visite d'accréditation de l'université. La municipalité s'est exprimée par un témoignage écrit de la maire adjointe Trish Wellenbach. Toujours selon Billy Penn, l'élu Jeffery Young Jr. a déchiré ce texte en séance, et les élus ont annoncé leur intention de recourir à des assignations à comparaître (*subpoenas*).
« Cela pouvait être évité », a déclaré Isaiah Thomas, selon CBS Philadelphia (citations traduites par nos soins).
Deux comptes pour un même déficit
Drexel était représentée par Melissa Richman, directrice exécutive des opérations selon l'*Inquirer*. Selon la chaîne 6abc, elle a défendu une décision « ni brusque ni hâtive », fondée sur « les conclusions d'une étude rigoureuse de deux ans ». Dans des remarques écrites citées par CBS, Drexel affirme que cette étude « recommandait explicitement » la fermeture du musée public.
Puis sont venus les chiffres. Selon Billy Penn, Melissa Richman a indiqué que les programmes publics avaient coûté 7,7 millions de dollars l'an dernier pour 3 millions de recettes. La présidente du conseil de l'Academy, Suzanne Biemiller, a donné une autre mesure : un budget du musée de 3,6 millions de dollars pour 2,7 millions de recettes. Le premier compte fait apparaître un écart de 4,7 millions ; le second, de 0,9 million. Billy Penn relève que ces chiffres ont soulevé des questions sur les dépenses incluses dans chaque calcul. Les articles consultés ne permettent pas de trancher : ni Drexel ni l'Academy n'ont publié le détail de leur périmètre.
Les deux chiffres peuvent être exacts à la fois. Ils ne mesurent simplement pas la même chose : l'un parle de « programmes publics », l'autre du « budget du musée ». C'est pourtant sur des comptes de ce genre que se joue l'avenir d'une institution vieille de près de deux siècles.
« Fusionner ou divorcer »
Le témoignage de Suzanne Biemiller a éclairé un autre point. Selon l'*Inquirer*, l'Academy dispose depuis l'accord d'affiliation de 2011 d'un conseil d'administration indépendant. Il y a un an, a-t-elle expliqué, Drexel lui a posé un ultimatum : « Fusionner entièrement avec Drexel, ou divorcer. » « Dans une fusion complète, pour être claire, la dotation de 80 millions de dollars de l'Academy, son bâtiment et ses collections inestimables deviendraient tous des actifs de Drexel », a-t-elle dit aux élus.
C'est là que se loge le soupçon formulé par Isaiah Thomas. Les nombreux défenseurs du musée avec qui il a parlé, a-t-il dit selon l'*Inquirer*, lui répètent que « cela concerne le terrain, que Drexel veut le terrain ». Selon 6abc, il a interpellé l'université : « Convainquez-moi que c'est par accident que vous n'êtes pas venus nous voir cette fois, et que ce n'est pas un accaparement de terrain. Convainquez-moi. » Le soupçon n'est pas établi. Drexel, selon l'*Inquirer*, n'a pas dit ce qu'elle comptait faire du bâtiment.
Un bâtiment sans protection, des collections sans destination
Le musée occupe, à l'angle de la 19e rue et de Race Street, un bâtiment ouvert en 1876. Selon une estimation citée par l'*Inquirer*, il faudrait environ 150 millions de dollars pour rattraper l'entretien différé. Paul Steinke, directeur de la Preservation Alliance for Greater Philadelphia, a rappelé que le bâtiment ne figure pas au registre des lieux historiques de la ville. « Aujourd'hui, cette protection n'existe pas, et l'Academy risque donc d'être irrémédiablement transformée ou démolie », a-t-il déclaré. Un historien de l'architecture prépare une demande d'inscription.
Selon l'*Inquirer*, Drexel prévoit de déménager les collections hors du bâtiment. CBS rapporte que l'université veut transformer l'Academy en une institution de recherche plus viable financièrement, dans un autre lieu. Le paléontologue Ted Daeschler, conservateur à l'Academy, en doute : « Je soupçonne que la réalité du déménagement et du reconditionnement de 19 millions de spécimens n'a pas vraiment été envisagée lucidement. »
La recherche et la conservation continuent, précise Billy Penn ; l'accès du public reste suspendu.
Ce qui reste sur la table
Plusieurs pistes ont été évoquées. La William Penn Foundation avait fait une offre de soutien avant la fermeture ; lundi, selon Billy Penn, elle n'avait toujours reçu aucune réponse. L'élue Nina Ahmad prévoyait, selon l'*Inquirer*, de déposer jeudi une résolution pour créer un groupe de travail chargé d'étudier la réouverture. Les défenseurs du musée citent l'exemple du Peabody Museum de Yale, à New Haven, qui avait reçu en 2018 un don de 160 millions de dollars, fermé quatre ans, puis rouvert en 2024. « Si New Haven peut le faire, Philadelphie aussi », a lancé Sarah McAnulty, l'une des défenseuses du musée.
Le lendemain, mardi 27 octobre, environ 80 personnes, dont des étudiants de Drexel, se sont réunies pour une veillée, selon Billy Penn.
Ce que l'on sait, ce que l'on ignore
On sait que le musée est fermé, que Drexel justifie sa décision par une étude de deux ans que les articles consultés ne détaillent pas, que l'université veut une Academy recentrée sur la recherche ailleurs, et que le bâtiment n'est pas protégé. On sait aussi que les deux parties qui gouvernent l'Academy ne présentent pas le même compte de son déficit.
On ignore ce que contient l'étude, ce que couvre chacun des deux chiffres, ce que deviendra le bâtiment, et si la ville prendra position. La reprise de l'audition, le 16 novembre à 10 heures selon l'*Inquirer*, devrait permettre d'en savoir plus, si les assignations annoncées sont délivrées.
Le dernier mot
En septembre, la fermeture avait été justifiée par des difficultés financières. L'audition l'a déplacée vers une question de comptes, puis de propriété. Une université, un conseil indépendant, une ville et une fondation ont chacun une part dans l'avenir de ces 19 millions de spécimens, et chacun ne compte pas la même chose. D'où une question qui dépasse Philadelphie : quand le sort d'un lieu de savoir se joue sur des chiffres que chacun calcule à sa façon, qui doit avoir le dernier mot ?
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Repères de sources
- Source : The Philadelphia Inquirer, « Six concerns raised over the future of the Academy of Natural Sciences in City Council's hearing » (28 octobre 2026)
- Source : Billy Penn, « Drexel students join emotional vigil as fight to reopen Academy of Natural Sciences continues » (28 octobre 2026)
- Source : CBS Philadelphia, « Philadelphia City Council investigating Academy of Natural Sciences closure » (26 octobre 2026)
- Source : 6abc Philadelphia, repris par Yahoo News, « Drexel University officials questioned over closure of Academy of Natural Sciences Museum » (26 octobre 2026)
La question suivante
Quand le sort d'un lieu de savoir se joue sur des chiffres que chacun calcule à sa façon, qui doit avoir le dernier mot ?
Pour aller plus loin
- Philadelphie : le plus ancien musée d'histoire naturelle des Amériques ferme, et une ville refuse de tourner la page
- Question du Phare – Un lieu de savoir doit-il être jugé à sa fréquentation ?
- Texte fondateur – Campbell et Goodhart : quand une mesure devient une cible, elle cesse de bien mesurer
- Dossier du Phare – Mesurer ou juger : ce qu'un indicateur laisse hors champ
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