Philadelphie : le plus ancien musée d’histoire naturelle des Amériques ferme, et une ville refuse de tourner la page

*Le dimanche 27 septembre 2026, le musée de l'Academy of Natural Sciences de Philadelphie a ouvert ses portes pour la dernière fois aux horaires habituels. Fondée en 1812, l'institution se présente comme la plus ancienne institution de recherche en sciences naturelles des Amériques. Son propriétaire, l'université Drexel, invoque la baisse de la fréquentation et la hausse des coûts. Une fondation propose de payer, des élus protestent, d'anciens salariés racontent une autre histoire. La fermeture est actée ; la suite ne l'est pas.*

Une fermeture annoncée en un mois

L'annonce date du 1er septembre. L'université Drexel et le conseil d'administration de l'Academy ont fait savoir que le musée, installé sur le Benjamin Franklin Parkway, fermerait à la fin du mois. Dans leur lettre aux communautés de l'université et du musée, citée par la presse locale, le président de Drexel, Antonio Merlo, et la présidente du conseil de l'Academy, Suzanne Biemiller, expliquent que les « habitudes de visite » observées depuis la pandémie de Covid-19 ne permettent plus de faire face à des coûts de fonctionnement croissants. Selon 6abc, la chaîne locale d'ABC, l'université met aussi en avant ses propres difficultés financières.

Le dernier jour d'ouverture régulière a été le dimanche 27 septembre ; la fermeture formelle est intervenue le 30.

Ce que le musée abrite

L'Academy n'est pas un musée ordinaire. Ouverte au public en 1828, elle conserve environ 19 millions de spécimens : plantes, insectes, poissons, coquillages, oiseaux, fossiles. Son herbier garde des plantes récoltées par Meriwether Lewis lors de l'expédition de Lewis et Clark, au début du XIXe siècle. C'est là qu'a été présenté en 1868 le premier squelette de dinosaure monté au monde, un *Hadrosaurus*. Le musée hébergeait aussi plus d'une centaine d'animaux vivants, selon le site d'information Billy Penn.

Depuis 2011, l'institution est rattachée à l'université Drexel. Un point compte pour la suite : c'est le musée qui ferme, pas l'institution. Selon WHYY, la radio publique de Philadelphie, les activités de recherche se poursuivent. Ce que deviendront à terme les collections, les animaux et le bâtiment n'a pas été précisé.

Une ville qui se mobilise

La réaction a été rapide. Un collectif bénévole, Save the Academy, s'est formé dans les jours qui ont suivi l'annonce. Le 26 septembre, sous une tempête, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées devant le musée, certaines déguisées en dinosaures, avant de marcher vers l'hôtel de ville à la lueur de bougies. « Il est évident que la ville de Philadelphie se soucie de la science », a déclaré l'une des organisatrices, Sarah McAnulty, selon Billy Penn.

Les élus ont suivi. Selon Billy Penn, le gouverneur de Pennsylvanie, Josh Shapiro, et la maire de Philadelphie, Cherelle Parker, ont soutenu les efforts de préservation ; huit membres du conseil municipal ont demandé des auditions, et un sénateur de l'État, Nikil Saval, a écrit pour réclamer le maintien de l'ouverture. Une audition du conseil municipal est prévue le 7 octobre. Un texte en préparation vise à empêcher la reconversion commerciale ou industrielle du bâtiment.

Une offre sur la table

Le 25 septembre, deux jours avant la fermeture, la William Penn Foundation, l'une des principales fondations de la région, a proposé de financer le fonctionnement du musée pendant au moins un an, le temps de chercher une solution durable. Drexel ne l'a pas acceptée. Un porte-parole a expliqué que l'université ne voyait pas de « voie permanente et soutenable », tout en se disant prête à poursuivre les discussions sur « un avenir durable à long terme » pour l'Academy.

Une autre lecture du déclin

D'anciens salariés, interrogés par WHYY, contestent que la pandémie soit la cause principale. Selon eux, la fréquentation avait commencé à baisser avant 2020. Ils décrivent une série de choix : une volonté de s'adresser davantage aux adultes qu'aux familles, la réduction des programmes d'animaux vivants, une galerie d'art de 3 millions de dollars ouverte en mars 2020, des travaux d'entretien repoussés d'une direction à l'autre, des campagnes de dons jugées insuffisantes. Les soirées où des groupes d'enfants dormaient au musée rapportaient autrefois environ 300 000 dollars par an.

« Il y avait une forte volonté de ne plus être connu comme le musée des dinosaures », résume Jacquie Genovesi, licenciée en octobre 2025 après 34 ans de maison. En 2025, l'ouverture avait déjà été réduite aux seuls week-ends. Ils évoquent aussi des pertes subies dans les années 1990 dans l'escroquerie de la Foundation for New Era Philanthropy.

Ce que l'on sait, ce que l'on ignore

On sait que le musée est fermé, que la recherche continue, qu'une offre de financement d'au moins un an existe et que la ville veut en discuter le 7 octobre. On ne connaît pas les chiffres précis de fréquentation et de déficit qui ont motivé la décision : ni la lettre de Drexel ni les articles consultés ne les détaillent. On ignore aussi si l'offre de la fondation suffirait, et ce qui se passerait au bout d'un an.

Les deux récits ne s'excluent pas. La baisse du public peut être réelle et en partie le résultat de décisions de gestion. Mais ils ne conduisent pas aux mêmes conclusions : dans le premier, le musée n'a plus de public ; dans le second, on a cessé de le chercher.

Ce que la fermeture met en jeu

Derrière le cas de Philadelphie, une institution vieille de deux siècles est évaluée à l'aune de ses entrées. Or la valeur de 19 millions de spécimens ne se lit pas seulement aux guichets : elle tient aussi à ce que ces collections permettent de savoir, aujourd'hui et plus tard, sur le vivant et son histoire.

D'où une question qui dépasse ce musée et cette ville : un lieu de savoir doit-il être jugé à sa fréquentation ?

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