Data centers : le Sénat américain refuse de leur faire payer le réseau, la Finlande enquête sur les forêts rasées par Google

*En une semaine, deux décisions prises à des milliers de kilomètres l'une de l'autre ont posé la même question. Le 30 septembre 2026, le Sénat des États-Unis a refusé d'examiner une loi qui devait faire payer aux grands data centers le coût des renforcements du réseau électrique. Fin septembre, la presse finlandaise a révélé que la société chargée du projet de Google à Muhos avait abattu 330 hectares de forêt sans l'évaluation environnementale exigée par la loi. Dans les deux cas, l'essor de l'intelligence artificielle se heurte à des ressources que d'autres utilisent aussi : un réseau, une forêt, une rivière.*

Au Sénat, une loi votée presque à l'unanimité puis bloquée

Le texte s'appelle le Ratepayer Protection Act, la loi de protection des abonnés. Début septembre, la Chambre des représentants l'avait adopté par 417 voix contre 3, un score rare dans un Congrès très divisé. Il vise les « gros consommateurs », c'est-à-dire les sites non résidentiels, principalement de stockage et de calcul, qui appellent au moins 100 mégawatts de puissance en un même lieu. Son principe : ces sites devraient couvrir le coût supplémentaire des nouvelles centrales, lignes et postes nécessaires pour les alimenter, au lieu de le laisser se répartir sur la facture de tous les abonnés.

Le 30 septembre, au Sénat, la motion permettant d'ouvrir le débat a recueilli 57 voix contre 43. Il en fallait 60. Les républicains, porteurs du texte avec le sénateur de l'Ohio Jon Husted, ont voté pour, rejoints par quatre démocrates : Maggie Hassan, Amy Klobuchar, Jon Ossoff et Raphael Warnock. Les autres démocrates ont voté contre.

« Pas une seule entreprise n'aura à s'y conformer »

Le désaccord ne porte pas sur le principe, que les deux camps disent partager, mais sur sa force. La loi modifierait une loi de 1978 sur les services publics d'électricité (le PURPA) pour demander aux régulateurs de chaque État d'envisager une telle règle. Elle ne l'impose pas. Le chef de la minorité démocrate, Chuck Schumer, a dénoncé un texte « totalement facultatif » et « sans dents ». Les démocrates défendent une proposition du sénateur Martin Heinrich, qui rendrait l'obligation contraignante.

Les républicains, eux, voulaient obliger leurs adversaires à se prononcer avant les élections de mi-mandat de novembre. Le sujet est devenu sensible : selon un sondage de septembre cité par Al Jazeera, 53 % des Américains se disent « extrêmement » ou « très » inquiets de l'effet des data centers sur les prix de l'électricité et sur l'eau. Les États-Unis compteraient environ 5 400 de ces installations, surtout en Virginie et au Texas.

En Finlande, 330 hectares abattus avant l'évaluation

Le second dossier se joue dans le nord de la Finlande, près d'Oulu. Google y prépare de nouveaux data centers, notamment à Muhos et à Kajaani, par l'intermédiaire d'une société de projet, Tuike Finland Oy. Selon le quotidien *Helsingin Sanomat*, repris par le journal régional *Kaleva* le 28 septembre, les abattages ont commencé en mars 2026 à Muhos et se sont poursuivis jusqu'en août, sur 330 hectares.

Or la loi finlandaise impose une évaluation des incidences sur l'environnement pour un défrichement d'un seul tenant de plus de 200 hectares, lorsque la forêt disparaît durablement. Le 30 avril, Tuike Finland a demandé à l'autorité de contrôle compétente, le Lupa- ja valvontavirasto (LVV), d'examiner si cette évaluation était vraiment nécessaire, en indiquant notamment que le bois ne serait pas vendu. En mai, la société a été informée que l'évaluation était obligatoire. Les coupes ont continué. Selon la même enquête, du bois issu de la zone a ensuite été vendu. Moins de 200 hectares auraient aussi été abattus à Kajaani.

Le LVV examine maintenant la légalité de ces opérations et a demandé des explications ; la réponse reçue est décrite comme « très générale ». La Ligue finlandaise pour la protection de la nature demande l'arrêt des travaux tant que l'évaluation n'est pas terminée. Sa présidente, Hanna Halmeenpää, y voit « soit une grave incompétence » de la société de projet, « soit un grave mépris de la loi finlandaise, soit, au pire, les deux ». Google affirme que les coupes respectaient la loi forestière et que des études environnementales approfondies ont été menées.

Le projet ne concerne pas que la forêt. *Kaleva* avait rapporté que Google se prépare à prélever jusqu'à 20 millions de mètres cubes d'eau par an dans la rivière Oulujoki, en grande partie pour le refroidissement, l'essentiel s'évaporant.

Ce que l'on sait, ce que l'on ignore

On sait que la loi américaine est bloquée en l'état et que les deux partis disent vouloir faire payer les data centers. On ignore si une version contraignante peut réunir 60 voix, et ce que décideront, en attendant, les régulateurs des États, qui fixent les tarifs. On ignore aussi quelle part des hausses récentes de factures revient vraiment aux data centers : la demande électrique augmente pour d'autres raisons, et le coût d'un réseau se répartit selon des règles complexes.

En Finlande, on sait que la loi fixe un seuil de 200 hectares et que les coupes l'ont dépassé avant l'évaluation. On ignore ce que conclura le LVV, et si une sanction est possible une fois la forêt abattue. Ce qui est fait ne se défait pas : une évaluation menée après coup ne peut plus guère changer le tracé d'un chantier.

Ce que révèlent ces deux affaires

Ni le Sénat américain ni l'autorité finlandaise ne discutent de l'intérêt de l'intelligence artificielle. Ils discutent de qui supporte ce qu'elle consomme. Un data center ne vit pas seul : il s'appuie sur un réseau électrique financé par des millions d'abonnés, sur un paysage, sur une rivière. Quand la demande arrive d'un coup, très concentrée, ces ressources partagées deviennent l'objet d'un arbitrage : faut-il faire payer celui qui arrive, ou répartir le coût sur tous parce que tous en profiteraient ?

La même hésitation se retrouve ailleurs, chaque fois qu'une activité nouvelle s'installe sur des infrastructures communes. Elle tient en une question : quand une industrie nouvelle a besoin de ressources que tout le monde partage, qui doit en payer le prix ?

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Repères de sources

La question suivante

Quand une industrie nouvelle a besoin de ressources que tout le monde partage, qui doit en payer le prix ?

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