Hans Küng — Projet d’éthique planétaire : peut-on trouver des principes communs sans effacer les différences ?

Catégorie : Culture générale solide
Type : Texte fondateur / Repère comparatif
Sentier du Savoir : Étape 1 — Construire une culture générale solide ; Étape 2 — Maîtriser la pensée critique
Article lié : Religions et visions du monde : comprendre les cartes du sens
Thème : Religions, éthique commune, dialogue interreligieux, monde interdépendant
Méta-description SEO : Hans Küng propose une éthique planétaire fondée sur des principes communs aux grandes traditions, sans nier leurs différences.

Repère central

Le projet d’éthique planétaire de Hans Küng part d’un constat simple : l’humanité vit désormais dans un monde interdépendant. Les économies, les crises écologiques, les migrations, les guerres, les technologies et les systèmes d’information relient les sociétés entre elles. Mais cette interdépendance technique ne produit pas automatiquement une communauté humaine.

Un monde peut être connecté sans être solidaire. Il peut commercer sans se comprendre. Il peut signer des traités sans partager de repères moraux. C’est précisément ce que Hans Küng veut interroger : peut-on construire une base éthique commune entre les peuples, les cultures et les religions, sans imposer une religion universelle ni réduire les traditions à un plus petit dénominateur commun ?

Cette question prolonge directement l’article « Religions et visions du monde : comprendre les cartes du sens ». Si les religions sont des cartes du sens, alors le projet d’éthique planétaire demande : existe-t-il, au-delà de ces cartes différentes, quelques repères communs permettant de vivre ensemble ?

Hans Küng et l’idée d’une éthique mondiale

Hans Küng, théologien catholique suisse, est l’une des grandes figures contemporaines du dialogue interreligieux. Son projet d’éthique planétaire, souvent associé à l’expression allemande « Weltethos », ne cherche pas à créer une nouvelle religion mondiale. Il ne cherche pas non plus à fusionner judaïsme, christianisme, islam, bouddhisme, hindouisme ou traditions humanistes dans un système unique.

Son ambition est plus précise : identifier ce que les grandes traditions religieuses et philosophiques possèdent déjà en commun sur le plan éthique.

L’idée centrale peut se résumer ainsi : il ne peut y avoir de paix durable entre les nations sans un minimum de paix entre les religions ; il ne peut y avoir de paix entre les religions sans dialogue ; et il ne peut y avoir de dialogue sérieux sans connaissance réciproque.

Dans cette perspective, l’éthique planétaire n’est pas une doctrine imposée d’en haut. Elle est une recherche de convergences : des valeurs, des attitudes et des obligations morales déjà présentes dans plusieurs traditions humaines.

Un monde interdépendant a-t-il besoin d’une morale commune ?

La modernité a surtout cherché à organiser le monde par le droit, l’économie, les institutions politiques et les traités internationaux. Ces dimensions restent indispensables. Mais Hans Küng estime qu’elles ne suffisent pas.

Une société ne tient pas seulement par des règles juridiques. Elle tient aussi par la confiance, la loyauté, la parole donnée, le respect de la dignité humaine, le refus de la violence gratuite, la capacité à reconnaître l’autre comme un être humain.

À l’échelle mondiale, cette question devient décisive. Les États peuvent signer des accords climatiques tout en continuant à défendre leurs intérêts immédiats. Les entreprises peuvent adopter des chartes éthiques tout en organisant des pratiques destructrices. Les religions peuvent prêcher la paix tout en servant parfois de marqueurs identitaires dans des conflits politiques.

Le projet de Küng pose alors une question inconfortable : quelles valeurs minimales une humanité interdépendante doit-elle reconnaître pour ne pas transformer son interdépendance en chaos ?

Les deux principes de base : humanité et réciprocité

Le projet d’éthique planétaire repose notamment sur deux principes fondamentaux.

Le premier est le principe d’humanité : tout être humain doit être traité humainement. Cette formule paraît simple, presque évidente. Pourtant, l’histoire montre qu’elle est constamment menacée. Les guerres, les génocides, l’esclavage, le racisme, la torture, l’exploitation économique ou les humiliations sociales commencent souvent par une même opération : retirer à certains êtres humains leur pleine dignité.

Le second principe est celui de réciprocité, souvent formulé sous la forme de la « règle d’or » : ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ; ou, dans sa formulation positive, traite les autres comme tu voudrais être traité.

Cette règle se retrouve, sous des formes différentes, dans de nombreuses traditions religieuses et philosophiques. Elle ne supprime pas les désaccords doctrinaux, mais elle offre une base pratique : avant de défendre mon intérêt, ma croyance ou mon identité, je dois reconnaître que l’autre est aussi un sujet capable de souffrir, de comprendre, d’espérer et d’être humilié.

Quatre engagements éthiques majeurs

La Déclaration pour une éthique mondiale, associée au Parlement des religions du monde de 1993, formule plusieurs engagements fondamentaux. Ils peuvent être résumés autour de quatre exigences.

1. Une culture de non-violence et de respect de la vie

Le premier engagement concerne le refus de la violence comme principe d’action. Il ne s’agit pas de nier l’existence des conflits, mais de refuser que la force, la brutalité ou la destruction de l’autre deviennent des moyens ordinaires de résoudre les désaccords.

Ce principe concerne les guerres, mais aussi les violences sociales, familiales, économiques, symboliques ou verbales. Il rappelle que la paix n’est pas seulement l’absence de guerre : elle suppose des pratiques concrètes de respect.

2. Une culture de justice et de solidarité

Le deuxième engagement porte sur la justice. Aucune éthique commune ne peut ignorer les inégalités, l’exploitation, la corruption ou la misère.

La solidarité n’est pas ici un supplément moral. Elle devient une condition de stabilité. Un monde où une partie de l’humanité bénéficie de la richesse mondiale pendant qu’une autre subit la faim, l’humiliation et l’abandon ne peut pas rester durablement pacifié.

3. Une culture de vérité et de sincérité

Le troisième engagement touche à la vérité. Dans un monde saturé d’informations, de propagandes, de manipulations et de récits concurrents, la vérité devient un enjeu éthique.

Mentir, manipuler, déformer volontairement, fabriquer des ennemis imaginaires ou exploiter la crédulité des foules ne sont pas seulement des problèmes de communication. Ce sont des atteintes au lien social.

Pour le Sentier du Savoir, ce point est essentiel : la pensée critique n’est pas seulement une compétence intellectuelle ; elle est aussi une exigence morale. Chercher la vérité, reconnaître ce que l’on ne sait pas, distinguer le fait de l’interprétation, ne pas manipuler les sources : tout cela relève d’une éthique de la connaissance.

4. Une culture d’égalité et de partenariat

Le quatrième engagement concerne l’égalité, notamment entre les femmes et les hommes, et plus largement la transformation des relations de domination en relations de partenariat.

Ce point est important, car il montre que l’éthique planétaire n’est pas seulement tournée vers la paix entre religions ou entre nations. Elle concerne aussi les rapports concrets dans la famille, le travail, l’éducation, la politique et la société.

Une tradition religieuse ou culturelle ne peut pas être invoquée comme prétexte pour nier la dignité d’une partie de l’humanité.

Un projet utile, mais fragile

Le projet d’éthique planétaire est puissant, mais il soulève aussi des objections.

La première critique consiste à dire qu’il serait trop général. Qui pourrait être contre la paix, la justice, la vérité ou la dignité humaine ? Le risque serait de produire un discours consensuel, mais peu opératoire.

La deuxième critique concerne les différences entre traditions. Les religions ne comprennent pas toujours de la même manière la personne, la liberté, la loi, le salut, la communauté, le corps, la vérité ou l’autorité. Chercher des points communs peut donc conduire à minimiser des divergences réelles.

La troisième critique est politique. Les valeurs communes peuvent être proclamées tout en étant contredites par les pratiques réelles des États, des institutions religieuses, des entreprises ou des groupes sociaux.

Ces critiques sont importantes. Elles empêchent de transformer l’éthique planétaire en slogan. Mais elles ne détruisent pas forcément le projet de Küng. Elles rappellent simplement qu’une éthique commune n’est pas une solution automatique. Elle est un cadre de travail, un langage partagé, une boussole minimale.

Ne pas confondre unité éthique et uniformité religieuse

La grande force du projet de Hans Küng est de distinguer deux choses : l’unité éthique et l’uniformité religieuse.

L’uniformité religieuse serait l’idée qu’il faudrait réduire toutes les traditions à une même croyance ou à une même doctrine. Ce n’est pas le projet de Küng.

L’unité éthique, au contraire, consiste à reconnaître que des traditions différentes peuvent converger sur certains principes pratiques : ne pas tuer, ne pas humilier, ne pas mentir, ne pas exploiter, ne pas traiter l’autre comme un objet.

Autrement dit, les religions peuvent rester différentes dans leurs récits, leurs rites, leurs théologies, leurs figures centrales et leurs institutions, tout en reconnaissant un noyau commun de responsabilités humaines.

C’est précisément ce qui rend le projet intéressant pour le Sentier du Savoir : il apprend à tenir ensemble la comparaison et la nuance.

Le triptyque du lecteur : distinguer, chercher, appliquer

Pour utiliser ce texte comme outil de réflexion, on peut retenir un triptyque simple.

1. Distinguer

Il faut d’abord distinguer les plans : croyance, doctrine, morale, institution, culture, politique.

Deux religions peuvent être très différentes sur le plan théologique, mais proches sur certains principes moraux. À l’inverse, deux traditions peuvent employer les mêmes mots — paix, justice, vérité — tout en leur donnant des sens pratiques différents.

2. Chercher

Il faut ensuite chercher les convergences réelles, non les ressemblances superficielles.

La question n’est pas : « toutes les religions disent-elles exactement la même chose ? » La réponse est non. La vraie question est : « existe-t-il des exigences morales suffisamment partagées pour servir de base à une coexistence humaine ? »

3. Appliquer

Enfin, il faut appliquer ces principes à des situations concrètes.

Une éthique planétaire n’a de sens que si elle permet d’éclairer des enjeux réels : crise écologique, pauvreté, guerre, intelligence artificielle, migrations, discriminations, désinformation, exploitation économique.

Elle devient alors un outil de lecture du monde, et pas seulement une belle déclaration.

Un lien direct avec la pensée critique

Le projet d’éthique planétaire peut aussi être relié à l’étape 2 du Sentier du Savoir : maîtriser la pensée critique.

Pourquoi ? Parce qu’il oblige à éviter deux erreurs opposées.

La première est le relativisme absolu : puisque les cultures sont différentes, il n’y aurait aucun principe commun possible. Cette position rend difficile toute critique de la violence, de l’exploitation ou de l’humiliation.

La seconde est l’universalisme brutal : puisqu’il existe des valeurs universelles, il faudrait les imposer sans écouter les histoires, les contextes et les traditions. Cette position peut devenir arrogante, voire dominatrice.

Küng cherche une voie plus exigeante : reconnaître des principes communs, mais les construire par le dialogue ; défendre la dignité humaine, mais sans mépriser la diversité des traditions ; chercher l’universel, mais sans effacer les différences.

Exercice guidé

Prenez une question contemporaine : crise climatique, intelligence artificielle, accueil des migrants, pauvreté, guerre, désinformation.

Puis construisez une grille en quatre colonnes :

  1. Quel principe éthique est en jeu ?
  2. Quelles traditions religieuses ou philosophiques peuvent soutenir ce principe ?
  3. Quelles différences d’interprétation doivent être respectées ?
  4. Quelle action concrète ce principe pourrait-il inspirer ?

L’objectif n’est pas de produire une morale abstraite, mais de relier les principes à des situations réelles.

Sources et prolongements

  • Hans Küng, Projet d’éthique planétaire
  • Hans Küng, Une éthique mondiale pour la politique et l’économie
  • Déclaration pour une éthique mondiale, Parlement des religions du monde, 1993
  • Fondation Weltethos / Global Ethic Foundation
  • Article lié : Religions et visions du monde : comprendre les cartes du sens
  • Article lié : Hans Küng — Judaïsme, christianisme, islam : comparer sans simplifier

Conclusion

Le projet d’éthique planétaire de Hans Küng ne prétend pas abolir les différences entre les religions. Il ne cherche pas à fabriquer une croyance commune ni une spiritualité mondiale uniforme.

Il propose autre chose : reconnaître que l’humanité, parce qu’elle est interdépendante, a besoin de repères éthiques partagés.

Humanité, réciprocité, non-violence, justice, vérité, partenariat : ces principes ne suffisent pas à résoudre les conflits du monde. Mais sans eux, les accords économiques, les traités politiques et les innovations techniques restent fragiles.

Pour le Sentier du Savoir, l’intérêt est majeur : apprendre à chercher l’universel sans simplifier le particulier. C’est peut-être l’une des compétences les plus nécessaires dans un monde à la fois connecté, fragmenté et vulnérable.

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Pour cet article, l’intelligence artificielle a été utilisée comme un outil d’aide à l’exploration, à la structuration et à la rédaction. Elle permet de confronter plusieurs angles, de repérer certains biais humains possibles et de faire émerger des points de vigilance. Le curateur humain observe aussi les biais possibles de l’IA, vérifie les éléments essentiels, nuance l’analyse, corrige les formulations fragiles et assume la publication.

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Étape 1 — Construire une culture générale solide

Construire une base solide de connaissances pour comprendre le monde. Relier les faits, les disciplines et les repères essentiels.

Étape 2 — Maîtriser la pensée critique et l’analyse : apprendre à penser contre ses propres certitudes

Apprendre à analyser l’information, repérer les biais et questionner les évidences. Penser par soi-même dans un monde saturé de récits.

Étape 3 – Apprendre à argumenter et à convaincre

Structurer sa pensée pour convaincre sans manipuler. Savoir débattre, nuancer et formuler des idées claires.

Étape 4 – Approfondir un ou plusieurs domaines d’expertise

Explorer un ou plusieurs domaines en profondeur. Passer de la curiosité à la compréhension experte.

Devenir polyglotte : élargir sa pensée par les langues

Élargir ses horizons par le langage et les cultures. Penser autrement en changeant de langue.

Étape 6 — Comprendre la méthode scientifique et expérimenter

Comprendre la méthode scientifique et l’expérimentation. Distinguer savoirs établis, hypothèses et croyances.

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Écrire, expliquer, partager ce que l’on a compris. Transformer le savoir en outil collectif.

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