*Dimanche 4 octobre, l'Italie a commémoré les 800 ans de la mort de saint François d'Assise. Pour la première fois depuis 1977, ce jour était de nouveau férié dans tout le pays. Un État sécularisé qui rend au calendrier civil la fête d'un saint : le geste paraît anodin. Il dit pourtant quelque chose de ce qu'une société cherche à célébrer quand les mots communs lui manquent.*
Un anniversaire, une loi, une foule
À Assise, les cloches ont sonné à minuit, et la journée s'est déroulée comme une cérémonie d'État autant que religieuse. Le président de la République, Sergio Mattarella, a assisté à la messe solennelle de la basilique supérieure, présidée par le cardinal Matteo Zuppi, président de la conférence épiscopale italienne, en présence d'ambassadeurs de nombreux pays. À midi, l'Angélus du pape Léon XIV, qui a proclamé une année jubilaire franciscaine, était retransmis sur écrans géants. Plus de 3 000 pèlerins et touristes étaient présents dans la ville, selon Euronews.
Cette journée était l'aboutissement d'un long cycle. François est mort le 3 octobre 1226 au soir ; l'Église le fête le 4. De février à mars 2026, sa dépouille a été exposée pour la première fois au public, dans une châsse transparente au pied de l'autel de la basilique inférieure. Près de 400 000 pèlerins sont venus en un mois, selon Vatican News.
Le changement le plus durable est pourtant juridique. La loi n° 151 du 8 octobre 2025 a réinscrit le 4 octobre parmi les jours fériés nationaux, à partir de 2026. Le texte justifie ce retour par les valeurs associées au saint : la paix, la fraternité, la solidarité et la protection de l'environnement.
Une fête effacée par l'économie, rétablie au nom des valeurs
L'histoire de ce jour férié est un petit résumé de l'Italie moderne. En 1939, le pape Pie XII proclame François patron de l'Italie, aux côtés de Catherine de Sienne. En 1958, la République fait du 4 octobre une solennité civile. En 1977, la loi n° 54 réduit le nombre de jours fériés pour augmenter le temps de travail, en pleine crise économique : le 4 octobre disparaît du calendrier des congés, même s'il reste une solennité.
Le retour de 2025 inverse la logique. En 1977, on supprimait une fête au nom de la productivité ; en 2025, on la rétablit au nom de valeurs que la loi énumère explicitement. Ironie du calendrier : en 2026, le 4 octobre tombait un dimanche. Pour beaucoup de salariés, le premier jour férié retrouvé s'est traduit par une compensation sur la fiche de paie plutôt que par un jour de repos.
Pourquoi ce retour compte
On pourrait n'y voir qu'une concession au catholicisme dans un pays où il reste un repère culturel majeur. Ce serait manquer l'essentiel. Le texte de loi ne parle ni de foi ni de sainteté : il parle de paix, de solidarité et d'environnement. L'État ne célèbre pas un saint, il célèbre ce que ce saint est censé représenter pour tous, croyants ou non.
Cette traduction n'est pas nouvelle. François est, depuis longtemps, une figure que chacun peut revendiquer. Son *Cantique des créatures*, composé vers 1225, est l'un des premiers grands textes de la littérature italienne. Le pape François en a tiré le titre de son encyclique écologique *Laudato si'* en 2015. Les pacifistes en ont fait un symbole de dialogue ; les écologistes, un précurseur ; l'Italie, un emblème national. Le pauvre d'Assise est devenu un bien commun.
Ce que l'épisode révèle
Le Phare s'est déjà arrêté sur une tension voisine. À propos de la galerie de Kengo Kuma devant la cathédrale d'Angers, nous nous demandions ce qu'un monument religieux devient quand il est protégé par la collectivité. Avec John Ruskin, nous rappelions qu'un édifice porte la mémoire de ceux qui l'ont bâti, et qu'on ne la conserve pas sans la transformer.
Le 4 octobre italien pose la même question, mais à propos du temps plutôt que de la pierre. Un jour férié est un monument dans le calendrier : il oblige une société entière à s'arrêter, ensemble, pour la même raison. Encore faut-il savoir laquelle. En nommant ses valeurs plutôt que son saint, la loi de 2025 révèle une difficulté contemporaine : les sociétés sécularisées ont des convictions partagées, mais peu de rites pour les exprimer. Elles empruntent alors ceux d'une tradition religieuse, en les traduisant.
Une autre manière de regarder
Cette traduction a un prix. Un saint qui a choisi la pauvreté radicale devient l'occasion d'une journée chômée, d'une cérémonie officielle et de flux touristiques. Ce paradoxe n'a rien d'exceptionnel : toutes les mémoires collectives simplifient ceux qu'elles honorent. Mais il invite à se demander ce qui reste du message quand il devient consensuel. Le François du *Cantique* chante « notre sœur la mort corporelle » ; celui des célébrations officielles est surtout un ami des oiseaux et de la paix.
À l'inverse, on peut défendre la traduction. Si le langage civil seul ne suffit pas à rendre sensibles la fraternité ou le souci de la nature, emprunter une figure ancienne n'est pas une trahison : c'est une manière de transmettre. Les cultures vivent aussi de ces relectures.
Ce que nous pouvons en retenir
- Lire le texte, pas seulement l'événement : la loi de 2025 dit ce que l'État veut célébrer, et ce choix de mots est plus instructif que la cérémonie.
- Comparer les justifications : la même fête a été supprimée au nom de l'économie et rétablie au nom des valeurs. Ce déplacement en dit long sur ce qu'une époque juge légitime.
- Distinguer la figure et l'usage : un personnage historique, un saint vénéré et un symbole national peuvent porter le même nom sans dire la même chose.
La question laissée ouverte
L'Italie a choisi un saint pour donner un jour à la paix, à la solidarité et à la nature. D'autres pays pourraient faire le même choix, ou inventer de nouveaux rites. Reste à savoir si une société peut célébrer ensemble des valeurs sans figure ni récit pour les incarner.
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Repères de sources
- Source : Euronews — Increasing influence: Italy marks 800 years since death of Saint Francis of Assisi (4 octobre 2026)
- Source : Vatican News — 800 ans de la mort de saint François, des célébrations entre mémoire et avenir (septembre 2026)
- Source : Vatican News — Assisi, un popolo pellegrino da tutto il mondo per pregare con Francesco (mars 2026)
- Source : Sky TG24 — 4 ottobre festa nazionale per San Francesco, ok definitivo del Senato (1er octobre 2025)
- Source : Geopop — San Francesco torna festa nazionale il 4 ottobre : cosa cambia in busta paga dal 2026
La question suivante
Que célèbre une société sécularisée quand elle fait d'un saint un jour férié : une foi, une mémoire ou des valeurs qu'elle peine à nommer autrement ?
Pour aller plus loin
- Cathédrale d'Angers : ce que la galerie de Kengo Kuma protège — et ce qu'elle ne tranche pas
- John Ruskin : restaurer, préserver — et lire Angers sans faux dilemme
Sur le Sentier du Savoir
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Mot-cle principal : saint François d'Assise Meta description : Le 4 octobre 2026, l'Italie a fêté les 800 ans de la mort de saint François, de nouveau en jour férié. Ce que dit le retour d'un saint dans le calendrier civil.

